"0", zone de cons damnés

La chatte qui aboie

Hier, j'ai tiré une gueule de 10 kms toute la matinée, quoique je l'amputasse de quelques arpents quand, perchée sur mon siège, telle une Harpie, je fomentais un crime, les yeux rivés sur ma proie. Il faut dire que le Gratteur m’inspirait particulièrement. Je me voyais le saisir au collet et lui aplatir le museau  contre la table, d'un geste répété, ivre de mécanique, et  que toute émotion aurait enrayé. Le haussement d'une commissure et la contraction d'un muscle zygomatique me firent l'effet de deux glaçons dans le dos. Vite, je regreffais  mes arpents de gueule!  Qu'est-ce qui avait pu se passer? D'où venait cette rage en quête désespérée d'exutoire? Comment avais-je accumulé cette force que je n'arrivais pas à canaliser? Pourquoi étais-je devenue un yorkshire??

Je cherchais du côté de mes rêves car il arrive, par moment, qu'un réveil brutal cristallise l'émotion, la couleur d'une expérience onirique, et les fasse perdurer, comme une tâche flou dont on peine à se débarrasser. Je me souvenais de moi, droite comme un « i », dos à une porte, dans une petite cour. Je me souvenais de gens, autour, qui bavardaient entre eux. Après avoir épluché une orange, dont j’avais soigneusement disposé l’écorce en tas, dans l’un des deux bacs à fleurs ( vides, au demeurant), situés de part et d’autre de la porte, un grand type rachitique et vraisemblablement soucieux m’avait adressé ceci : « Vous comptez laisser vos détritus dans ce bac ? Je vous dis cela car il appartient à Monsieur X et il n’apprécierait pas beaucoup. En revanche, l’autre bac est à votre disposition ».                                                                                              J’emmerdais  Monsieur X. Mais ce qui m’avait chiffonnée, c’était le terme « détritus » dont le référant me semblait si éloigné qu’entre cet homme et moi, un gouffre invisible et non moins réel venait de se créer. Il aurait eu plus de complaisance envers les crottes de son chien, c’était évident…

Bref, ça ne pouvait pas suffire à expliquer mon état. Ce n’est que deux heures plus tard, après avoir tué le Gratteur d’au moins 10 façons différentes, qu’une sensation étrange et pourtant familière dissipa le brouillard dans lequel j’étais engluée : j’avais mes règles.

Certes la cause directe venait d'en être révélée mais je n’en avais pas encore le motif inconscient. J’étais hargneuse parce que c’est l’un des effets recensés, lors de ma période menstruelle, mais que traduisait cette acrimonie ?  C’est alors que j’entrais en réflexion. J’avais noté que, dans ces moments-là, les hommes étaient des cibles taillées sur mesure. Je m’arrêtais particulièrement sur tout ce qui m’invitait à les mépriser, à ne voir, en chacun d’eux, qu’un bipède a l’intelligence apathique, un être vivant sans mérite, une bête idiote. A cet égard, l’œil ahuri du Gratteur et son chuintement caractéristique habillaient mon impression d’une véracité transparente.  En poussant les schèmes de ma pensée, j’en arrivais à spéculer sur la sacro sainte distinction chromosomique XX/XY. La simple différenciation graphique indiquait clairement que l’homme avait quelque chose en moins. Dans la conjoncture de mes douleurs abdominales, j’en concluais que ce moins visait à l’épargner, à le préserver d’un ensemble d’expériences pénibles (comme l’enfantement) dont nous, les XX, étions le terrain tout désigné.  Voilà pourquoi ils m’insupportaient ! Et s’il m’arrivait d’adresser mes foudres à une camarade, c’était soit que le mâle faisait défaut, soit que je lui en voulais de ne pas faire preuve d’esprit d’équipe, en compatissant de tout son double X.

15:16 - 16/06/2007 - commenter ce billet

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