| "0", zone de cons damnés |
Le ressacA contre courant d’une marée humaine, dont le flot presque vif,- quoique que titubant-, racontait et les craintes de louper le dernier métro, et la soif d’abandonner dans son sillon les affres de ses vicissitudes, je marchais. La ville avait des allures de décharge, ici ou là. Et dans l’air, un parfum d’apocalypse. Nous étions déjà le 22 juin. Je m’engouffrais dans une ruelle déserte, ruelle depuis laquelle me parvenait le bruit d’une dispute entre un homme audiblement saoul, et un autre sensiblement agacé. Plus j’allongeais le pas et plus les sons devenaient intelligibles : c’était, en effet, le chemin que j’avais choisi. Dans la pénombre, les deux silhouettes continuaient leur dialogue de sourds. Arrivée à leur hauteur, alors que l’un partait cuver, -les nerfs à vif-, je saluais l’autre, et entrais dans le bar. Ca faisait 5 ou 6 ans que je fréquentais ce rade, à intervalles irréguliers, et bien que la musique y soit irrémédiablement la même, je trouvais toujours matière à divertissement. L’année précédente, lors d’une soirée spéciale dont l’objet m’échappe à cette heure du récit, j’y étais venue déguisée : j’avais mis une robe. Une robe blanche, certes. Oui, j’avais mis une perruque aussi. C’était peut-être bien Halloween, à la réflexion. Sans m’avoir démasquée, la gérante, que ma nouvelle identité ne laissait pas indifférente, m’avait offert une vodka sanguine. Amusée par le quiproquo et désireuse de pimenter la partie, je résolus d’aller la smacker dès que j’en aurais l’occasion. L’ayant vue descendre aux toilettes, je quittai ma table et allai l’y rejoindre. Etait-ce la surprise de la croiser déjà remontant ou la brutale dislocation de ma témérité qui avait fait avorter mon entreprise ? Toujours est-il que j’écrasai mes lèvres contre sa joue et me contentai de son œil souriant de chatte en perpétuelle chaleur. Ah...Ces WC… Ils sont à l’endroit ce que le pitch est au film : un concentré évocateur et libre en promesses. Je vous conseille cependant de penser aux mouchoirs en papier et de bien retrousser vos frocs avant de vous y rendre. Irwin Welsh s’y croirait en terre natale. Ce soir, les vrais ghosts côtoyaient les faux gothiques et dans ce parfait melting-pot, je m’amusais du type trop poli (cé), qui s’excusait en présentant le billet censé payer sa conso. Allez savoir pourquoi, l’homme civilisé jurait avec le décor. Depuis le zinc, je laissais mon regard vagabondé, fermement décidée à rassasier mes prunelles jusqu’à l’aube. ![]() 23:36 - 24/06/2007 - commenter ce billet
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