| "0", zone de cons damnés |
17h27 au pays des merveillesAssise dans ce train, j’étais décidée à ne pas me poser de question. Mes lèvres dessinaient un sourire épaté. Je partais pour Amsterdam sur un coup de tête. Je n’avais pas pris la peine de faire une valise, dans l’éventualité où mon coup de tête se transformerait en V.D.I. (Voyage à Durée Indéterminée). Faire une valise c’était prévoir et, prévoir, c’était s’inquiéter. Or, s’inquiéter, c’était éventuellement ne jamais partir. J’avais, pour tout bagage, un sac à dos, à l’intérieur duquel j’avais fourré un peu de thune, à destination des bureaux de change, et un baladeur cd, parce que les transports en commun m’invitent couramment à l’autisme. Sur place, je marchais dans les rues, longeais des quais, avant de m’engouffrer dans un coffee shop, puis un autre. C’est fou ce qu’ils ferment tôt, les enfoirés ! Enfin, je retournais vers l’eau. Il y avait un banc, là, juste devant moi. Epuisée et certainement un peu défoncée, je décidais d’y prendre racine. La nuque rejetée en arrière, les yeux fermés devant l’Eternel, je visionnais une succession d’images, dont le fondu-enchainé atténuait l’incohérence totale. Quelques heures plus tard (Dieu qu’elle était bonne cette herbe du Baron !) je décollai mes paupières, inquiète de savoir d’où venait le boucan qui m’avait extirpée de ma séance privée. Le soleil s’était couché. Dans la pénombre, je distinguai une bande de skinheads, saouls et gueulards, -en quelques mots-, fidèles à eux-mêmes. Rassurée, j’entrepris mes travaux pratiques de collage/roulage et repris ma position initiale de larve, yeux clos. Soudain, la pluie joua les trouble-pet’. Au départ, je feignais de ne pas la sentir, tentant par ce biais de la faire renoncer à son projet humide. Je vous rappelle que j’étais dans un état mental proche de l’illumination et que, de facto, cette entreprise me semblait tout à fait jouable. Ajoutez à cela un état physique de léthargie avancée et vous comprendrez aisément que la perspective de faire le moindre mouvement ne m’enchantait guère. Mais l’averse, loin de céder devant la toute puissance de mon karma, redoubla d’intensité (la salope !), me forçant à mouvoir ma couenne, en quête d’un abri de fortune. Quelques mètres plus loin (c’est-à-dire, quelques kilomètres, à vue de spleef), je me satisfaisais d’une marquise, sous laquelle je me recroquevillais, lovée dans la brume, collée à la porte d’entrée d’une maison lambda dont tous les habitants devaient dormir à poings fermés. Prisonnière du froid, dans mes vêtements mouillés, je claquais des dents, heureuse, malgré tout, d’être là où je l’avais décidé, loin des contingences spéculatives qui faisaient d’ordinaire mon carcan. A la verticale, la pluie m’hypnotisait. Par une magie propre à ces moments là, alors que mon œil restait vissé sur les trombes d’eau qui splatchaient à présent le bitume, mon esprit se dégageait lentement, pour vagabonder comme s’il eut chaussé les bottes de sept lieues. Ainsi, allait-il s’infiltrer dans des chambres familières pour s’assurer du repos paisible de quelques êtres chers. Puis il quittait le ponant pour l’orient, où un soleil mordant invitait les manants à s’éponger le front. A l’aube, je le rappelais. La pluie avait cessé. Je décidais de rentrer avant que le ravissement ne se dilue de trop. Le train du retour était dans une heure. Je m’accordais une dernière errance néerlandaise. Je rencontrai, sur ma route, un magasin de graines. J’entrai dans la boutique et, après un rapide tour d’horizon, un petit paquet retint toute mon attention. Le légendaire double W. Subitement l’idée de rentrer au pays sans ce petit paquet me parut inconcevable. Seulement, voilà, je n’avais plus assez de florins pour me l’offrir. Dans ces conditions, pas d’autre alternative que le vol. Je n’en étais pas à mes balbutiements en la matière et je dois reconnaître que le dessein d’une mignonette rapine à l’étranger, loin de me faire rougir, m’excitait furieusement. Alors que le vendeur renseignait des clients, j’introduisis trois doigts dans le sachet de plastique et m’emparai de deux graines que je glissai rapidement dans ma poche. Puis, par acquis de conscience,- comprenez : pour couvrir le délit-, j’achetais de la Silver Haze, beaucoup moins chère. Suite à quoi, je regagnai la gare, ravie de mon nouveau statut de « criminelle internationale ». 04:19 - 22/09/2007 - commenter ce billet
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