| "0", zone de cons damnés |
Grand corps maladeRencard dans un bar. J’arrive, je pousse la porte et là : Cour des Miracles. « Houlà ! », que je me fais en moi-même. Bah ouais, je m’étais un peu arrangée, esthétiquement parlant, et du coup, je faisais carrément chien dans un jeu de quilles, voyez le genre ? Bref, je tente de me frayer un passage en apnée jusqu’à la table où sont entassées mes connaissances. Sauf qu’il y a tellement de gens sur la route que je suis obligée de reprendre ma respiration à mi-parcours. Et le souci, c’est que je la reprends au dessus d’une tignasse à dreadlocks et qu’elle pue la crasse millésimée. J’ai bien cru m’évanouir. Pourtant, m’en faut plus pour me démonter. Arrivée à bon port (et c’est peu dire : y avait tellement de bière sur le sol que je me suis demandée s’il n’eût pas été plus judicieux de chausser des bottes caoutchoutées plutôt que des bottes en cuir à 200 euros). Assise, tant bien que mal sur une espèce de siège d’amphithéâtre à la stabilité hasardeuse, je fais une courte révolution oculaire pour en revenir à ma première impression : cour des Miracles… Du coup, dans ma tête, y a ça qui passe : « une p’tite bourgeoise bêcheuse, maquillée comme un carré d’as, a débarquée dans mon saloon »… Alors je me dis que si je veux trouver le bouton stop, j’ai plus qu’à le chercher au fond d’une pinte. La commande est lancée, me voilà rassurée. Je vais pouvoir me fondre tranquillou dans le décor. Mes amis ont la bougeotte, très bien, je suis. Autre bar. Concert. Youpi ! C’est la fête ! Et les verres de s’enchaîner tout naturellement… Ecroulée sur mon matelas, à 2h du mat’, fallait bien se rendre à l’évidence : je ne savais plus boire. J’avais quoi dans le sang ?? 1.5 G ? J’avais pris quoi ? 3 bières, 2 vodkas ? Un ? Deux pétards ? Et, « tout » ça, en 3 ou 4h ! Certes, les mélanges, ce n’est pas très bon, mais cela suffisait-il à expliquer pourquoi j’étais là, à gésir comme une ado qui prend sa première cuite ? Moi, dont la réputation en la matière m’avait valu le respect d’une ribambelle de mâles, mâles eux-mêmes admirés par une ribambelle de « tapettes » pour leurs aptitudes à la consommation (c’est vraiment trop con un mec…). J’allais quand même pas accuser mon foi de mal faire son boulot… Je suis pas comme ça, nan. J’accuse pas sans preuve. Et puis, c’était certainement lié à une longue abstinence. Et puis j’étais à jeun, merde ! Enfin, je me rassurai comme je pouvais quand à la raison du pourquoi. Une fois ce problème grossièrement torché, fallait trouver un moyen d’y remédier. Parce que, l’essentiel, c’était de ne pas lâcher prise. Ne pas dormir. Ne pas abandonner mes convives. Ne pas me taper la honte, quoi ! Alors, j’ai essayé de lutter avec mon grand corps malade mais il ne répondait presque plus. La force, qui d’ordinaire me fait déjà cruellement défaut, avait pris la poudre d’escampette sans me laisser un petit mot d’adieu. J’ai bien tenté de me relever, avant de constater que c’était une très très très mauvaise idée à moins de profiter de la situation pour repeindre la chambre. Je l’entendais à l’intérieur de ma boîte crânienne, la voix de ma conscience, qui me disait : « ça va allait, encore 5 minutes et tu rejoins tes invités au salon » [oui, ma conscience est nulle en orthographe... Mais je me bats hein, je me bats]. Et puis le temps prenait des proportions inquiétantes. Alors, comme si mon propre constat ne suffisait pas, j’eus droit à la visite des gens qui avaient fini par remarquer qu’il manquait quelqu’un et que, -oh surprise-, ce quelqu’un c’était l’hôtesse d’accueil… « _ Ça va ? »… Oui, bien sûr que ça va ! Je pète la forme ! Mais, à l’horizontale, t’vois, c’est plus fun. Et puis, n’oublie pas de demander au poulpe d’arrêter d’emmerder mes marcassins ? Ils vont pondre d’ici un jour ou deux, je voudrais qu’ils puissent mener leur grossesse à terme pour une fois. J’en ai marre d’enterrer des cadavres. Mes tiroirs en sont pleins. T’as pas idée comme ça pu un avorton de marcassin qui s’est étouffé avec sa trompe. Et toi, ça va ?? Nan mais franchement… C’est vraiment une question à la con, et pourtant, on peut pas s’empêcher d’y répondre par une réponse tout aussi conne. « _ Oui, ça va, j’arrive »… Et puis, comme je n’arrive pas, y en a d’autres qui se pointent et qui reposent la même question. A laquelle je réponds pareil. Toujours la même scène, sauf que tu changes la gueule du charitable visiteur. Et puis, à un moment, j’entends plus les questions. Parce que je dors. Et là, tu vois, même si c’est quand même pas le paradis, ça y ressemble diablement. 20:49 - 6/11/2007 - commenter ce billet
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