| "0", zone de cons damnés |
Concert pour pot de chambreJ’étais assez emballée par l’idée. Cela faisait longtemps, trop longtemps que je n’étais pas allée au théâtre. En particulier dans CE théâtre, où j’avais glané, à l’adolescence, quelques souvenirs évanescents qu’il me tardait de raviver. Avec l’impatience et la fébrilité des premiers rendez-vous, je me mets donc en route. Dans la douceur du soir, le cœur d’un clocher me renseigne sur l’heure. La perspective d’être à l’avance me fait sourire de toutes mes dents. Arrivée à proximité du bâtiment, je ralentis encore la
cadence, gavant mes poumons de l’air étrange et précieux que dégagent des
puissances invisibles. Dans le hall, la foule m’impressionne. Il doit y avoir
un autre spectacle en simultané. Impossible que la musique de chambre attire
tant de monde. Je consulte mon billet
et,- ô misère-, je constate qu’il débute une demi-heure plus tôt que mes
prévisions. Je suis donc, une fois encore, en retard. J’avance à grandes enjambées
vers la salle (je ne peux décemment pas courir dans un théâtre). Dans le
couloir de cette marche athlétique, je rencontre une placeuse qui me conseille
vivement de prendre l’escalier pour atteindre les balcons tant les places
commencent à manquer. Surprise par l’invraisemblance de l’information, je monte
les marches deux à deux (nécessité fait loi), légèrement paniquée à l’idée de
devoir trouver un siège dans l’obscurité. Les balcons du premier sont tous
occupés. Ceux du second aussi. Je peste intérieurement et me décide à demeurer
debout, accrochée à une balustrade, feignant de me satisfaire de l’argument
suivant lequel j’aurai, au moins, une vue imprenable sur la scène. L’appréhension
des jambes engourdies, je tente de m’en
défaire. Je ne serai pas la seule à
devoir en pâtir, visiblement, car une cohue générale retarde la prestation de
l’octet. Depuis mon poste, je remarque que les trois premiers rangs du parterre
sont désespérément vides et alors que j’insulte celles et ceux qui les ont
réservés sans doute pour m’emmerder, une employée du théâtre vient m’informer qu’ils sont
finalement à la disposition du public. Sans demander mon reste, je descends à
toute vitesse (il n’est plus temps de faire de chichi) et me rue vers les
fauteuils que l’on m’a vaguement indiqués, avec des airs empruntés à la Haute,
genre " oups, faut toujours que je me fasse remarquer…Pourtant j’y
mets vraiment du mien pour passer inaperçue… ", persuadée que je suis
que la société s’imagine que ma place est réservée et que je suis une star, en
quelque sorte. Après la séance dégoulinante débarquent, en masse, les morveux de la chorale. Je fais le lien direct avec le peuple qui commence à couiner tout autour de moi : je suis, en quelque sorte, l’otage d’une « Ecole des Fans » géante. Les mioches se débrouillent pas trop mal, faut dire, et grâce à la bouille d’une petite fille très impliquée par sa mission sur scène, grâce à ses maladresses et à sa craquinetterie, je finis par oublier tout à fait les monstres qui s’agitent à quelques mètres de là. Mais les enfants repartent et il me faut trouver un nouvel asile. La plante verte, près du pupitre, fera l’affaire. Je compte ses feuilles. Le spectacle touche à sa fin. Un rappel. Un second. J’applaudis sans trop claquer des mains, espérant atténuer l’enthousiasme général qui pourrait en provoquer un troisième. Les lumières se rallument, je sors précipitamment. Je ne suis pas déçue. Je suis abrutie. La fraîcheur de la nuit me fait du bien. Je me promets de retirer mes lentilles, la prochaine fois. 21:51 - 22/01/2008 - commenter ce billet
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